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Celle qui pense qu’un animal vaut moins qu’un humain ou le triste anthropocentrisme d’une journaliste

30 août 2015

A peine un mois après la boulette d’Alix Girod de l’Ain dans Elle, un nouvel article du numéro de rentrée me met un haut le coeur, dès les premières pages.

Entre « faut-il oser les résilles » et « Ivanka Trump; l’atout glamour d’un candidat sulfureux » se trouve, l’air de rien, une demi-page de médiocrité inattendue, parfumée d’humanisme et de grandeur.

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Signé Dorothée Werner, l’article « Animal on est mal » commence par une introduction des tristes faits, sous un lourd  « Pourquoi leur triste sort nous a tant émus? » – « Les voilà les stars de l’été » … On ne se doute pas encore que l’auteur est ironique.

Ce qui aurait pu être le constat d’un bouleversement social et d’une  prise de conscience générale grâce au merveilleux outil Internet (le chasseur de Cecil s’est littéralement fait basher internationalement), n’est en fait qu’un article critique et culpabilisant envers les personnes qui ont pris part à cet énorme coup de gueule.

 

L’article relate 4 faits :

La mort du lion Cecil, protégé par le Zimbabwe, qui a été tué par plaisir par un dentiste américain, qui a payé 50000€ pour ce « droit »

La girafe d’Afrique du Sud tuée par une chasseuse américaine

Le cheval de Barcelone mort de fatigue à force de tirer des calèches de touristes

HitchBOT, un robot autostoppeur retrouvé démembré à Philadelphie

 

Oui vous avez bien lu, Dorothée WERNER compare les morts de ces animaux au sort d’un robot, avant d’accuser :

« Autant d’émotions aussi justes que mondialisées pour…. un robot et des animaux ».

On a droit ensuite au paragraphe moralisateur et culpabilisant.

« … pas un humain à l’horizon(…) la tragédie n’était pas moins réelle pour les migrants de Méditerranée. Est-ce plus commode de s’émouvoir pour des êtres non pourvus de parole? (…) Est-ce le signe d’un désir d’en finir avec les sujets polémiques, histoire de se mettre d’accord, même dans l’affliction, autour d’un verre de rosé? La rentrée s’annonce. S’enflammera-t-on autant pour le sort d’êtres humains ».

 

Cela me rappelle ce type de jeunes étudiants qui entrent dans des classes prestigieuses, dotés d’une forte éloquence qui leur permet d’argumenter avec des mots écrasants des idées de moyenne à ras-les-pâquerettes d’esprits fermés qui n’ont pas assez vécu ni assez réfléchi. Leur statut et paroles trouvent rarement la répartie qu’ils méritent en face. Devant l’éloquence, beaucoup n’ont pas les outils pour affirmer leurs idées, même si plus poussées.

A ce stade, dans un magazine grand public, c’est de la prétention.


D.W ne doute de rien et a voulu rappeler à l’ordre les lecteurs.

Est-ce bien le rôle d’un journaliste?

De plus, son questionnement est à côté de la plaque, manifestement conditionné par un schéma de pensée sans souplesse.

homme nature

 

Pourquoi tout mélanger?

20130214011631sCela me fait penser à ces caricatures accusant comparant les européens qui s’indignent de la viande de cheval présente dans les plats Findus, et de maigres enfants africains mourant de faim. Ou encore accusant tournant en ridicule les Ice Bucket Challenge (que je trouve d’une bêtise navrante, qu’on soit d’accord) en les comparant aux femmes qui marchent 10km pour ramener un pot d’eau potable sur leur tête.

Pourquoi automatiquement flageller un groupe qui va s’émouvoir pour telle cause et non pour une autre? Dans le monde idéal et humaniste des personnes comme D.W, il faudrait que la misère humaine soit placée au dessus de toute préoccupation. Qu’elle ait raison ou non, on ne peut simplement pas ordonner aux gens les sujets pour lesquels ils doivent s’émouvoir. Cela est propre à chacun et bien trop profond pour pouvoir être jugé et rabaissé. De plus, le champ d’action des personnes n’a pas à être le même. Pour certains ce sera la misère humaine, pour d’autres les animaux, pour d’autres les maladies, pour d’autres l’écologie… et cela est bon. Si l’on finit par constater que 85% préfèrent se soucier des animaux que des hommes, cela ferait un incroyable sujet à étudier, mais certainement pas à critiquer.

En ce qui concerne Cecil, effectivement, les Zimbabwéens sont restés plutôt perplexes. Ils n’ont pas trop compris cette indignation. C’est bien loin de leurs préoccupations. D’ailleurs, la plupart des habitants de Harare n’avaient jamais entendu parler de ce lion. Il était surtout connu des touristes qui pouvaient se permettre de se payer un safari dans le parc de Hwange.

Alors évidemment : OUI, quand on lutte pour sa propre survie, on est bien loin de s’intéresser à la faune environnante. Cela diminue-t-il son importance, et l’importance du respect de la vie en général? NON. Et je trouve cela bien que des personnes de communauté plus riches et chanceuses, prennent le temps (parce qu’ils l’ont) de s’y intéresser et de s’indigner.

 

Le vrai sujet à étudier

Il y a des tas de façons d’écrire sur ce qu’il se passe actuellement. Effectivement, le fait que des masses se soulèvent pour des causes en si peu de temps, et de façon si grandiose est un phénomène apparu avec les réseaux sociaux et qui ne cesse de grandir.

Contrairement à « avant », Monsieur X peut avoir la parole, agir, signer des pétitions qui font parler d’elles, et partager une cause avec des centaines de personnes, pour faire valoir et propager son opinion. C’est bouleversant, c’est nouveau, c’est ultra-puissant. La mise en réseau des humains ne fait que commencer et affiche déjà une puissance d’action vertigineuse. Les causes, les effets, le futur, et surtout les sujets les plus enflammés sont révélateurs de la nature des êtres qui y participent et cela a une valeur immense. Qui peut s’élever du lot pour dire « cette cause est mineure! Blaireau ! » ? Personne. Les constats peuvent surprendre, et déconcerter mais il est plus intéressant de les étudier et de les comprendre, que prendre les gens pour des idiots qui se trompent, et les juger dans un article pompeux.

Il est plus que passionnant de voir ce qui touche et fascine les gens chez Cecil. Cecil n’est pas mort en vain, il a choqué, réveillé beaucoup d’esprits, incité de nombreuses réflexions qui n’auraient pas eues lieu, chez certains, sans lui : le besoin du trophée chez l’homme, la place de l’homme dans la nature, le sens des chasses, la valeur des espèces animales, leur beauté, et aussi la mocheté de l’homme…. et j’en passe.

Si la mort de Cecil nous chamboulent plus que la misère humaine, c’est parce que c’est une occasion de confronter nos actes à la pureté de la nature, devant laquelle nous sommes si petits. 

La misère humaine elle, est un tout autre sujet : celui de notre incapacité à vivre simplement, à nous accepter et à vivre ensemble.

 

L’anthropocentrisme n’est pas la tasse de thé de tout le monde

Dans l’article de D.W, on croirait que celle-ci s’est crue, avec toute la sincérité du monde, le devoir sacré de nous rappeler qu’il ne faut pas oublier que des humains souffrent, que la misère est là, partout, que des enfants meurent pour rien, que des hommes meurent noyés tous les jours en partant chercher une vie meilleure, pendant que nous, nous sirotons un cosmo en surfant sur Facebook avec notre i-Pad.

Je ne doute pas que D.W avaient les meilleures intentions du monde en écrivant son pourparler, mais quelle naïveté de croire que cela arrange tout le monde d’ignorer la misère humaine au profit de mignonnes bêtes poilues, créant ainsi un monde où le chasseur incarne le vrai mal, plutôt que voir en face notre société assassine, à laquelle nous participons tous en finançant au quotidien la misère du monde par des choix d’achats irresponsables et aveugles.

Anthropocentrisme, un conditionnement contre lequel je me défends comme je peux, et que j’essaye de faire connaître. Tellement ancré dans nos sociétés fast-food que certains n’imaginent même pas son existence et qu’il existe une autre façon de voir les choses.

 

Se rappeler régulièrement les chiffres nous fait relativiser notre propre valeur sur Terre

courbe population demographique histoire du monde

 

chiffres destruction environnement arbre

 

L’anthropocentrisme, c‘est considérer l’homme comme le centre de l’Univers, ou au moins, de la planète. Il en est l’acteur principal, et parfois pire : il pense que tout est ressource ici pour lui.

Autant dire un fléau, créant des multitudes de générations en disharmonie avec leur environnement (et leur vie donc), incapables de comprendre leur place dans l’Univers ainsi que leur rôle, mal dans leur peau, affectivement faibles, ce dont ils ont vraiment besoin n’arrivant pas.

Si la vie d’un être humain peut avoir plus de valeur dans mon coeur que celle d’un animal, je ne pense pas qu’elle en ait plus dans l’absolu. En effet, dans l’anthropocentrisme, on a tendance à croire que notre définition d’une chose est l’unique et vraie : pure fantasme. C’est pourquoi je trouve qu’il est parfaitement tolérable de soulever les mêmes montagnes contre un crime dégueulasse, qu’il soit perpétré contre un homme, ou un animal. Leur valeur d’existence sur Terre est la même. Que ça plaise à M. L’Humain ou non.

 

Bref

De loin, j’ai cru que j’allais lire quelques lignes intéressantes sur le phénomène plein d’espoir et d’amour (bien que maladroitement exprimé) que sont ces soulèvements contre ces crimes de chasse.

J’ai déchanté de ligne en ligne au point qu’une petitesse pareille me gâche l’après-midi.

Je suis déconcertée de voir ce genre de conditionnement de pensée dans un magazine que j’ai toujours trouvé juste et équilibré, innovant et ouvert.

Il faut cesser de se flageller. Il faut remettre en cause constamment ce que nous pensons savoir. Il vaut mieux analyser, comprendre et utiliser les évènements de façon constructive que condamner les attitudes positives d’autrui, parce qu’on les considère soi-même comme mal placées.

Les mentalités changent doucement, c’est dur de bouger les esprits. Il en faut de la patience et de la tolérance.

S’émerveiller du réveil général, on peut le faire aussi non?

 

i am cecil

 

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