Bilan d’une première année en Nouvelle-Zélande, à Wellington

Voilà maintenant 1 an et demi que nous vivons en Nouvelle-Zélande. J’aurais pu écrire mes aventures, expériences et états d’âme au jour le jour, cela aurait été sûrement très riche. Cependant, j’ai préféré attendre et ce, pour une raison : les dents de scie étaient très marquées. Entre adaptation, stupéfaction, jubilation et découverte, toute première année d’immersion totale dans un pays étranger ne peut être ni blanche ni noire, mais grise. J’ai parfois eu envie d’écrire des merveilles, ou des coups de gueule, mais je me suis dit qu’au bout d’un an j’aurai un tableau plus juste. Au final, j’ai eu raison d’attendre, mais sur certains points, au bout d’un an, je ne suis pas fixée, et je pense que c’est tout à fait normal, car je pense qu’une opinion ne doit jamais être gravée dans la pierre, mais se façonner constamment (sinon on finit con) !

Après un an, l’adaptation n’est toujours pas finie, et surtout, devient un concept de plus en plus vague, comme si ce n’était qu’un mythe. Pour avoir parler avec plusieurs personnes qui ont aussi quitté leur pays pour un autre, cela prend des années, et ce, si l’on souhaite vraiment se poser. Nous, notre style de vie, la vie comme on l’aime, c’est de ne pas savoir où l’on sera dans 5 ans. Dans ces conditions, on nourrit son corps et son esprit d’immenses expériences, bonheurs, prises de conscience, odeurs, visions, sentiments profonds et vifs, on laisse pousser des racines en soi-même, mais pas dans la terre.

Mon expérience, et celle des gens qui s’installent en Nouvelle-Zélande pour travailler et vivre à long terme, est très différente de celle des PVT (visa Passe Vacances Travail) qui sont forcément des moins de 30 ans, qui viennent passer un an sur le territoire, pour y travailler la moitié du temps, et voyager l’autre moitié, ou encore faire du WWOOFING = travailler 6 heures par jours gratuitement dans une ferme bio, contre la pitance et le coucher les repas et le logement. Le discours de ceux-là, est le même que le mien après mes premiers voyages ici : le pays est incroyablement beau, les gens sont géniaux, super rencontres, c’est un paradis préservé unique, on s’éclate.

Evidemment, en voyage, on ne profite que des meilleurs aspects. Je pense tout de même que les PVT doivent avoir des moments durs dans la période où ils bossent où quand ils cherchent à se loger.

Sommaire de cet article :

Une arrivée difficile et mouvementée
Découvrir un nouveau système
Style de vie Wellingtonien
Les gens
Moi
Aujourd’hui

 

Une arrivée difficile et mouvementée

Nous sommes arrivés à Wellington avec nos valises, les chats étaient dans un autre avion (je vous raconterai dans un article séparé les déboires que nous avons dû gérer pour leur voyage). Nous avions un Airbnb réservé à Brooklyn, un quartier de Wellington, pour 1 mois, le temps de trouver un logement à louer sur le long terme. Durant cette période, les chats étaient « en quarantaine » légale, pendant 10 jours, vers Otaki, à 1h20 de Wellington, dans la seule chatterie de la région agréée par l’Etat. Nous allions les voir le plus souvent possible. Nous avons visité des logements et découvert qu’ici, bon nombre de maisons / appartements n’ont pas de chauffage du tout. Les gens fonctionnent avec des bains d’huile. Le logement moyen ici est froid et humide. L’isolation est une obligation récente, et une loi est passée afin qu’en juin 2019, tous les logements du territoire soient entièrement isolés. Heureusement, nous avons trouvé rapidement une adorable maison, dans un quartier sympa de Karori, nous étions ravis.

Une rue de Karori, le calme à 15 min du centre

Elle était petite mais au dessus de la moyenne en termes de standing, elle était chauffée avec la fameuse « heat pump » installée dans le salon. L’hiver il nous aura fallu 2 bains d’huile pour chauffer les autres pièces. Cette maison était disponible 1 semaine après notre départ du Airbnb de Brooklyn, nous devions donc trouvé un logement pour ces 15 jours. 80% des Airbnb durant cette période étaient pris à cause d’un match de rugby très populaire ici (Lions VS All Blacks)… les 20% restants étaient trop loin pour Guillaume (qui avait déjà commencé à travailler 5 jours après l’arrivée) ou n’acceptaient pas les chats. Nous avons trouvé un « bach » à 1 heure du centre, dans la vallée d’Akatawara road. Comprenez une « cabane » de tourisme, dans une ferme ou un domaine, ici en l’occurence dans une vallée merveilleuse, qui proposait 2 logements, 1 petit et 1 grand. Les hôtes, pourtant bien notés, ont été malhonnêtes avec nous. Nous voulions le grand logement qui avait du wifi… Ils nous ont fait croire qu’il ne servait pas l’hiver tellement il était inchauffable. Nous avons été mal accueillis, et nous sommes retrouvés dans une petite cabane, qui ne fermait pas. Le grand logement était pris par une famille… En gros, ça leur faisait + d’argent qu’un couple.  Loin de tout. Sans connexion. Impossible pour moi de rester ici des jours, sans pouvoir bosser, dans 15 m2, avec les chats et une porte qui ne ferme pas. Nous sommes partis le soir-même, réunion d’urgence dans un café. Où allions-nous dormir ce soir là?

Pendant cette heure au café, j’ai envoyé des messages à tous les Airbnb possibles, même les indisponibles dans l’immédiat. Un petit appartement à Newlands (à 25 min en voiture du centre) était disponible mais dans 3 jours. Je l’ai pris. Puis nous avons écumer les hôtels dans les environs… et un camping proposant des « units » a accepté de nous prendre avec les chats. C’était à Otaki encore, à 1h20 du centre de Wellington. Nous avons donc passé 3 jours, 2 nuits dans un mobile home de 10 m2, sans lavabo, ni toilettes, en plein hiver, avec son petit chauffage qui puait le fuel, nos affaires et les chats. Mon homme prenait la voiture tous les jours pour aller travailler. Airbnb a été super cool avec nous, j’ai fait valoir le fait que personne n’était venu nous accueillir sur les lieux et qu’on avait poireauté 1 heure, mais surtout que la porte du « logement » ne fermait pas, ce qui est une faille à la sécurité selon Airbnb, qui nous a carrément remboursé les 2 nuits dans le mobile home. On a touché le fond ce jour là. Mais c’était clair pour nous deux que ça faisait parti de l’aventure : on a voulu venir, s’installer impliquait ce genre de moments difficiles. On allait pas chouiner pour 2 nuits de merde. Nous sommes à l’aise avec l’idée de « sortie de zone de confort », essentielle pour aller là où l’on veut dans la vie.

Après ce passage, nous avons pu nous installer dans notre maison… vide… car nos affaires venant de France étaient en transit par bateau et allaient mettre 2 mois et demi à arriver…

Arrivée de nos affaires 3 mois après leur départ de France

 

Découvrir un nouveau système

La première année a eu son lot de difficultés liées à l’installation et à la découverte d’un nouveau système administratif, financier, médical, légal etc…  Je les ai très rapidement pris en charge. La France, son système complexe et flou, où il faut toujours se renseigner, demander conseil et réclamer, m’a initiée à une bureaucratie efficace et détachée. Et puis, je venais d’organiser la partie administrative du plus compliqué déménagement du monde, plus rien ne me fait peur. Ici, les services d’Etat sont clairs, transparents, et leurs sites très informatifs. Lorsque vous posez une question par email, on vous donne une réponse dans les 24h. Ce sont les avantages d’un pays à 5 millions d’habitants.

En 1 an, j’ai pu appréhender :

le système locatif : très différent du français, ici la loi est en faveur du propriétaire, ce qui n’est pas forcément désagréable. L’investissement locatif n’est pas pratiqué, il est courant de devoir déménager tous les 1 ou 2 ans, la plupart des propriétaires mettant leur demeure à louer le temps de la vendre.

le système bancaire : simple, et efficace. Tout fonctionne par carte bancaire ici. Je n’ai pas eu de cash entre les mains depuis que je vis ici. Souvenir : à l’ouverture du compte bancaire, la tête ahurie de la conseillère lorsque je lui annonçai que je voulais un chéquier (comme en France quoi)…. « euh mais vous pensez payer quoi avec? » …  ou encore lorsque je lui expliquai que je voulais une Visa Premier, en raison des plafonds permis par celle-ci et des dépenses d’installation qui allaient venir… en fait ici le chèque ne s’utilise pas du tout, et le concept de Visa Premier n’existe pas… toutes les cartes bancaires basiques ont un plafond de $5000 par jour…. Le virement bancaire est très simple, avec un numéro, et un transfert très rapide (30min à 4h max), il est très utilisé.

le système médical : à mon arrivée dans le pays, mon (3ème) implant contraceptif, posé 1 semaine avant le départ, s’est infecté. Une horreur que j’ai dû trainer pendant 2 mois, les antibiotiques ne suffisant pas, j’ai dû le faire retirer. Cela m’a permis de découvrir le système médical de General Practitioner (GP), travaillant en grand cabinet uniquement, en parfait réseau avec l’hôpital et autres services. J’ai vraiment été bluffée du professionnalisme, de la prise en charge, de l’écoute et de la modernité du système. Me casser un orteil dans les 2 premiers mois, en butant contre le pied en métal du canapé prêté, m’a aussi permis de découvrir l’ACC, le service NZ qui couvre tous les accidents sur le territoire, qui que vous soyez, même en vacances. Bref, le brief a été efficace.

le système de santé : j’y consacrerai un article, ça a été le plus complexe à comprendre. Avec un work visa, nous sommes éligibles au « public health founds », la sécurité sociale d’ici. Mais nous avons aussi une mutuelle privée, qui permet en cas de choses graves, d’agir plus rapidement, l’hôpital ayant souvent des délais d’attente pour les cancers et autres maladies lentes, mais aussi pour avoir un remboursement complémentaires des consultations diverses.

la création d’entreprise : un vent d’air frais. Fluide, facile, rapide, transparent, peu onéreux. Commencer mon activité n’a jamais été aussi facile.

le permis de conduire : comme 60% des parisiens aujourd’hui, je n’ai pas eu besoin de conduire et n’ai pas mon permis. Sachant que j’allais venir vivre en Nouvelle-Zélande, j’ai décidé de le passer ici et ce n’est que du bonheur. J’en parlerai dans un article séparé.

L’année a été bien chargée en ce qui concerne l’apprentissage donc. Apprentissage peu propice à la détente.

 

Style de vie Wellingtonien :

Si l’apprentissage d’un nouveau mode de vie a été plutôt stressant, le nouveau style de vie lui a été une bouffée d’air pur (au sens propre comme au sens figuré). L’air citadin le plus pur du monde est sûrement ici ! Après 1 an, j’aime toujours autant cette ville, dont j’ai cité les meilleurs aspects dans cet article. La qualité de vie est très élevée, et venant de Paris, c’est le jour et la nuit. Cela passe par des choses flagrantes ; les rues propres, la végétation, l’espace, la quasi-absence de délinquance, le plaisir de pouvoir se balader n’importe où n’importe quand dans une capitale sans jamais craindre quoique ce soit, la mer, les collines, les arbres, la modernité avancée typiquement pacifique, faire du kayak après le travail, des randonnées partout… cela passe aussi par des détails minimes qui changent la vie : les cheveux se salissent moins, sont plus beaux, une peau saine, plus d’énergie pour bouger, des plages qui ne sont pas noires de monde, toucher ses pneus sans se salir les mains car ils sont propres, voir des nanas courir en mini short et brassière sur Oriental Parade, sans que ça n’intéresse personne ni qu’aucun regard ne traînent, une communauté LGBT qui n’a pas peur…

S’habituer aux horaires des commerces a été un peu rude, mais c’est chose assimilée maintenant. Avant, après le boulot on se retrouvait quelque part de très parisien pour traînasser dans les boutiques, jouer au critique de mode au Bon Marché ou sentir toutes les nouveautés chez Sephora. Ensuite on allait boire un verre, et on rentrait une partie du chemin à pied. C’était notre mode de vie, le soir rimait avec plaisir et légèreté. Ici, rien de tel. Les magasins ferment en gros à 17h30, même dans le centre. Juste les bars et les restos restent ouverts. Et encore, tu peux parfois te faire jeter en arrivant à 21h22.  Comme ici les horaires de boulot sont calés sur le fameux nine-five (9h-17h), j’ai eu du mal à comprendre que les boutiques ne profitent pas de l’afterwork, comme c’est le cas à Paris. En fait, elles ouvriront plutôt le dimanche (ce qui a aussi ses avantages), mais voilà, c’est tout. Les soirées dans des rues vivantes, ça ne sera pas pour ici. C’est définitivement très européen. Ici, dès que le soleil disparait, on se les pèle et le CBD est mort. Il y a bien 2 ou 3 rues vivantes parce que beaucoup de bars, mais honnêtement… bof, on a vite fait le tour, et la culture des rencontres autour d’un verre n’est pas la même chez les plus + de 25 ans.

Bien que vivre et découvrir d’autres grandes villes qui nous tentent dans le futur (Sydney, Singapour, Seoul, Florence…) n’est pas exclu, pour toutes ces raisons, qui n’en sont que quelques unes rapidement réunies, retourner vivre à Paris nous semble inenvisageable. … sa pollution et son stress auront eu raison de nous.

La plage en pleine ville sur Oriental Parade

 

Les gens

Ceci est un lot d’observations faites sur une année, que je souhaite faire évoluer. Je tiens à préciser qu’il n’est pas question pour moi de porter un jugement sur une nation et ses habitants.

La conception du bonheur est plus simple ici.

Tout le monde venu ici l’aura constaté : les néo-zélandais sont relax… et vivent tranquillement. L’envie et la comparaison sont peu présentes. Pour ce que j’ai vu, la plupart des gens sont décents, gentils, et bon voisinage, du moins sur Wellington. Un jour, une roue de notre voiture s’est retrouvée coincée dans un trou, rien à faire… Deux voitures se sont immédiatement arrêtées et tous leurs passagers sont descendus nous aider, tongs dans la boue pour la sortir, tout naturellement. La vie est parsemée de rencontres avec des gens aimables, comme ici, ou pas aimables (comme cette pharmacienne que j’ai exaspérée en demandant de l’alcool 70° … »mais vous comptez faire quoi avec ça? Non non ici en NZ on n’utilise pas ça »… elle m’a donné l’impression de sortir d’un goulag et de demander de la vodka pour soigner ma plaie). Mais globalement, la vie en communauté est paisible, personne ne fait chier, personne ne revendique, personne n’importune. Et ça, quand tu viens de Paris, c’est hyper reposant.

On dit souvent qu’en France, lorsqu’un immigré est blanc ou riche, on l’appelle « expat » , et lorsqu’il est pauvre, on l’appelle « migrant »…

Les néo-zélandais ne s’emmerdent pas trop avec ces nuances… tout étranger qui vient s’installer ici, même pour 10 ans, est un migrant. La vie de tous les jours, sédentaire en work visas n’inclut pas les mêmes rencontres que celles qu’on fait en nomade… sur la route.  La plupart des néo-zélandais ne sont jamais sortis de l’île, sauf pour des vacances en Australie ou sur les îles pacifiques alentours. Je vais le dire sans détour : la langue pose souvent un problème social, on rencontre beaucoup de personnes qui ne savent pas se comporter avec des étrangers qui parlent anglais, qui ont un accent, qui ne sont pas d’ici… Les clichés sont aussi nombreux que n’importe où ; les américains sont gros et bêtes, se croient tout permis, les australiens sont arrogants, les français sont des péteux mais s’y connaissent en bouffe, les autres piquent les boulots.. bref c’est pareil partout. Et comme partout, on retrouve tout ça là où la médiocrité mondiale se réunit : les commentaires haineux et politique de Facebook.

A Paris, Rome ou Los Angeles, quand un étranger demande quelque chose et qu’on a du mal à se comprendre…. on essaye, on parle avec les mains …

Ici j’ai rarement vu ça mais plutôt rencontré des gens qui deviennent désagréables ou décrochent direct, à cause de la gêne occasionnée :  la situation non habituelle cause une gêne, une honte, qu’une personne qui n’y a jamais été confronté parmi des étrangers en voyage ne sait pas gérer (ce qui est très occidental, car dans d’autres pays en développement, les gens qui ne sont pas sortis de leur village sont souvent très contents de discuter, même si on ne se comprend pas bien, car il n’y a pas de gêne). Pour ma part, lorsque je fais répéter quelqu’un parce que j’ai mal compris/entendu ce qu’il disait, et qu’il répète 1 fois, 2 fois, sans aucun effort pour que je comprenne mieux, je me dis « lui il a jamais voyagé ». Vu l’accent kiwi, c’est parfois très difficile. Mais avec le temps, sur 1 an, j’ai pu voir une amélioration de ma compréhension. Le cerveau est merveilleux et apprend de façon autonome à bien séparer les mots entendus et à repérer les altérations liés à l’accent. Quand un kiwi prononce « lift » pour « left » ou « toe » pour « two », il y a de quoi faire un gros quiproquo. 85% des néo-zélandais ne parlent pas de seconde langue, je pense qu’il faut parfois leur rappeler gentiment l’effort fait pour pouvoir communiquer avec eux. Cette observation concerne la vie quotidienne : les voisins, les marchands, les contacts de nécessité…

Dans le cadre du travail l’expérience est différente :

pour Guillaume, en entreprise web, les gens sont d’une grande diversité, il y a beaucoup d’étrangers, d’ouverture d’esprit, et la culture d’entreprise fait qu’on fait des efforts pour les autres. Pour moi, mes contacts sont surtout des personnes que j’emploie, ou avec qui je collabore, des clients, des fournisseurs, ça va droit au but sans ronds de jambes.

Les néo-zélandais sont très conservateurs

Que ce soit envers leur île, leur capacité à se loger etc…  l’intégration n’est vraiment pas un concept très existant dans la société (je ne parle pas de la société de 18-25 ans, à 18h dans un bar de Courtenay place hein 😉 …), mais je les admire pour ça, ils ont raison de protéger ce paradis. Il y a juste quelques efforts d’ouverture à faire. Et ils seront faits : la Nouvelle-Zélande filtre un max son flux d’immigrés et ne prend plus que les compétences dont elle a besoin pour sa croissance. Les migrants sont là, et changent la face du pays, inévitablement. Mais pour l’instant, comme partout quand il y a un pic dans le flux, les étrangers agacent, les différences aussi.

Mon ami et prof d’anglais, Daviid Coyle, un vrai kiwi, m’a expliqué que la NZ souffrait de ce qu’on appelle « the tall poppy syndrome« , une notion sociale utilisée pour les sociétés où l’on « coupe » tout ce qui dépasse du lot, en bien notamment. Je pense que j’écrirai sur le sujet, car c’est très intéressant, par exemple : on le constate dans certaines cultures d’entreprise NZ, qui essaient de se passer de leaders, mais perdent 30% de performance, ou dans les lycées, où les élèves réussissent mieux leurs examens lorsque leurs notes restent secrètes, car la peur de la comparaison et du rejet et très forte lorsque vous êtes « au dessus ». Il m’a également parlé du déni de l’histoire maorie dans les manuels scolaires et de l’agacement des Pakeha (néo-zélandais « blancs ») a en discuter. La Nouvelle-Zélande a ses propres problèmes de nation très jeune, et ceux-ci sont très sociaux (le plus flagrant pour moi est le taux de suicide chez les adolescents, un des plus haut du monde occidentalisé) .

 

La vie sociale demande plus d’efforts pour être cultivée

La vie quotidienne n’amènera pas d’elle-même naturellement son lot de rencontres sympas à un migrant installé, quelqu’il soit. Il vaut mieux les provoquer, fréquenter des groupes ou faire certaines activités pour ça, ou avoir un boulot sympa (comme Guillaume). Les personnes avec qui vous travaillez se rendent compte des compétences, savoir-faire, et bienfaits que vous amenez à la NZ. Les voisins qui voient deux français s’installer là, un peu moins. Tiens d’ailleurs, depuis 2018, l’achat de propriété est fermée aux migrants avec un visa temporaire renouvelable. Il faut être résident. Juste pour info. En effet, vu le nombre de riches étrangers qui louchent sur le paradis préservé et secure qu’est la NZ, le gouvernement a fait le bon choix de protéger ses kiwis d’une crise du logement plus néfaste et liée à la migration.

Des activités donc. Ce n’est pas ça qui manque. Je n’ai pas eu le temps de m’y mettre durant cette première année, tellement mon temps de cerveau était occupé par mon entreprise (qui m’a permis de rencontrer une poignée de gens sympas tout de même). Et mon temps libre : ma seule envie était d’être avec Guillaume dès qu’un moment se présentait et de profiter de la vie. Rencontrer d’autres français ? Si cela se fait naturellement pourquoi pas, mais sinon je ne suis vraiment pas du genre à aller dans un pays étranger et à chercher les français installés là pour me sentir bien… Non vraiment pas. L’Alliance Française ne sera pas pour moi je pense. L’origine n’est pas un point commun qui m’intéresse en n°1. J’ai plutôt envie de rencontrer des gens de tous horizons. Une amie m’a dit, à raison, « on a beau savoir parler anglais très bien… tant que tu ne sais pas blaguer en anglais, c’est comme si tu ne savais pas parler … »  Allez on tient le bon bout !

Pour ce qui est de la « vie sociale d’avant », tout s’est bien passé. Messenger, Skype et WhatsApp aident vraiment. On vit une époque fabuleuse. Partir aujourd’hui, et partir dans les années 80, ce n’est vraiment pas la même chose. Tout est immédiat et efficace : je cause avec ma mère tous les jours, comme si on habitait dans la même ville, pendant les heures du jour qu’on a en commun. Quand aux amis : les vrais amis restent toujours, c’est connu… Même lorsque nous étions en France, il arrivait que l’on soit séparés 2 ans, sur des distances moins longues mais sans se voir, et lorsqu’on se retrouve, c’est comme si c’était hier. Là c’est pareil… Si ce n’est que, en effet, les déjeuners en terrasse parisienne et les vadrouilles en Europe avec ma meilleure amie me manquent vraiment, même si on se parle au téléphone et qu’on s’écrit souvent, sa petite moue, ses mimiques, ses mains toujours parfaites qui bougent dans tous les sens sont irremplaçables. Mais c’est sinon, être proches, se raconter la vie, se dire qu’on s’aime, qu’on se manque, se réjouir l’un(e) pour l’autre… C’est ce qui fait l’amitié, dont les retrouvailles seront un grand moment. Au final, ma conclusion à ce sujet, est la même que la plupart des gens qui vivent cette expérience : l’éloignement m’a rapprochée des gens que j’aime, et fait le ménage sur le reste. Ce qui est très sain et libérateur. 

 


Moi

C’est connu : en voyage, on se détache de tout, et on se trouve soi-même. Ca marche aussi quand il s’agit de tout quitter pour vivre dans un pays étranger. Je savais que je partais pour une aventure initiatique, Guillaume aussi. C’est ce que nous avons voulu. Jeter le superflu. Donner le 3/4 de nos affaires à Emmaüs. Garder l’essentiel et partir sur un terrain que l’on aime, mais aussi dépourvu du terreau conditionnant du passé. Puis tester notre capacité à s’adapter, à supporter, à gérer, dans des conditions difficiles, à partir de rien… Toutes ces qualités qui sont essentielles pour tout entrepreneur.

« Je ne suis pas aventurier » m’a dit un jour, comme une excuse pour ne rien tenter, une personne qui se plaignait de sa vie…  ouch, tu vas continuer à te plaindre longtemps alors !

Les 3 premiers mois, entre mon bras infecté, mon orteil cassé, les affaires qui n’arrivaient pas, le froid, les frais surprises qui ont causé un manque d’argent, le mobile home, et les difficultés pour mettre en place mon business (je ne parle pas de sa création, qui, comme je l’ai dit plus haut, était easy administrativement), j’avais bien sûr envie de hurler « merde » tous les jours. Le fait d’être arrivés en hiver, et de passer pour la 1ère fois, mon anniversaire dans le froid et le gris, n’a pas aidé.

Mais au fil des mois, le chemin initiatique que j’attendais s’est révélé, et j’ai saisi toutes les difficultés qui se présentaient, pour évoluer, apprendre, comprendre, et devenir une meilleure personne : parce qu’être un migrant t’apprend l’humilité, parce qu’être loin de ce que tu aimes te remet les idées en place, parce que manquer de ce que tu connaissais te force à t’adapter, parce que passer les obstacles te rend plus fort, parce que quand tu viens d’un milieu modeste, réussir une entreprise au bout du monde, dans une langue étrangère, te fait te rendre compte que tu peux tout faire, et pour finir; parce que voir tes efforts récompensés et aussi, te coucher tous les soirs près de l’homme de ta vie, en étant fiers et admiratifs l’un de l’autre, te remplit de gratitude envers la vie. Ce qui est pour moi la définition du bonheur.

De passage au Mt Ruapehu, alias Mordor, Tongariro National Park

 

Aujourdhui

Cet inconfort, que nous avons choisi d’endurer un temps, pour préparer un futur plus beau, a payé. En un an, nous avons construit quelque chose de fou ; je développe ma marque, et Guillaume s’épanouit dans sa boîte et travaille sur d’excitants projets indépendants. Nous avons chercher un nouveau logement, plus plaisant, plus grand, et l’avons trouvé (en 6 mois, le marché est difficile en ce moment).

Une maison en verre et en bois, vue sur la mer, dans les hauteurs, à 20 min du centre. Du genre de celles qu’on regardait dans les petites annonces sur Wellington, dans notre lit à Paris, pour rêver, juste avant de remettre le filtre sur un budget 2 fois plus bas, et voir ce qui se faisait. On se retrouve très souvent dans notre canapé le soir, avec un verre, ou le matin avec un café, à se lancer, incrédules : « tu te rends compte de tout ce qu’on a accompli en 1 an? »  ou encore « olala… on l’a fait » ou aussi « y a pile poil un an, on venait de décider de partir sans rien avoir enclenché encore ».

Nous allons fêter notre 2ème Nöel ici, sous le soleil d’été qui arrive, puis en février nous allons enfin partir en vacances, et il était temps : depuis 2016 nous avons enchainé mariage-recherche d’emploi en NZ-préparation-vidage d’appartement-grand départ-année de folie… ce sera nos premières vacances depuis 2 ans, et on en a bien besoin. Nous allons repartir sur les routes et renouer avec le reste de la Nouvelle-Zélande que nous adorons (l’Île du Sud c’est autre chose!). L’occasion aussi de renouer avec la photo que j’avais abandonné depuis tout ce temps. J’ai simplement rénové mon site web photographique : https://www.laura-olenska.com . J’espère pouvoir construire et fournir un travail intéressant sur la Nouvelle-Zélande et ses habitants.

Plus relaxés, plus en maîtrise, toujours déterminés, nous sommes prêts et très excités de l’année qui vient, et de découvrir ce que nous allons réaliser et apprendre. Comme chaque année, au 31 décembre, on va écrire nos objectifs pour la prochaine année. Et pour 2018, on va faire le constat d’un fort taux de réalisation. Cheers ! We did it !

Du coup, est-ce-qu’on a envie de rester : oui ! Pour toujours? Je ne sais pas, peut-être, peut-être pas, comme je vous l’ai dit, on aime ne pas savoir où on sera dans 5 ans. Mais comme je tiens à faire grandir mon entreprise, jusqu’à pouvoir déléguer la direction en NZ, je suis là pour un moment indéterminé.

 

 

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