C’était une simple start-up, qui vient d’exploser.
Si AirBnB réussit sa prochaine levée de fonds, pour un montant d’un milliard de dollar, sa valeur avoisinera les 24 milliards de dollars. Il deviendrait alors la deuxième valorisation mondiale dans le secteur hôtelier, juste derrière le groupe Hilton et loin devant le groupe Accor.

Pourquoi un tel succès? Voici mon expérience consommateur, typique je pense.
Quand on l’a essayé une fois, dur dur de revenir en arrière.

 

pub air bnb

 

Mon expérience, une de mes destinations préférées : ROME.

Ces 5 dernières années, 7 ou 8 hôtels, tous choisis avec Trip Advisor, ou sur Voyage Privé (qui garantit un certain niveau de standing).

A part un des hôtels qui s’avérait être un 5* (Boscolo je t’aime), nous n’avons eu que des mauvaises surprises chez les 4*, qui en Italie concurrencent à peine les 3* français. Propreté douteuse, dessus de lit des années 80 plus que douteux, salles de bain au carrelage usé gardé propre comme on peut, vue de merde, baignoire assez plastique, top pour toilettage de gros chiens et…. literie déplorable. Bref des nuits pourries où le matelas maigre a eu raison des élans romantiques causées par la plus belle ville du monde. Tout ça en général pour pas moins de 150 euros la nuit.

Puis un jour, TIENS? Si on testait Airbnb. J’avoue, c’est la nouveauté de 2015 pour moi, j’ai X années de retard.

Tout de suite dans les résultats se démarque un appartement (pas une chambre, un appart) à 110 euros la nuit (et encore, il y avait bien moins cher), chambre ouverte sur salon-salle à manger, salle de bain, super déco, tenue par une gentille hôte cumulant les bonnes notes. On le prend.

Très chouette accueil de l’hôte, souplesse et compréhension des aléas des transports, et nous voilà seuls dans notre 2 pièces en plein centre de Rome. Propreté impec, frigo plein, on se sent chez soi, lit de qualité, draps propres, serviettes….

Alors, qu’avons-nous de plus dans un hôtel? « Le service »? = un petit déj, la chambre faite tous les soirs, un type qui te montre sur une carte où acheter des gelati?

C’est fini tout ça. Du moins pour la génération connectée. On aime faire nos courses dans épiceries locales, et se faire un méga petit déj deluxe juste nous deux dans le salon, qui n’a pas coûté 17 euros / personne pour un verre de jus, un  café, 2 petits pains décongelés, beurre en barquettes et un plateau de jambon-fromage.  Faire notre lit le matin prend 5 minutes au max, et est gratifiant. De plus, le wifi de l’appartement nous permet de faire des recherches et de charger nos cartes pour avoir de bonnes adresses.

airbnb rome france quel avenir legalite

 

Que reste-t-il aux hôtels? Le rêve et le très haut service des 5* uniquement. On ira toujours dépenser au bar du Boscolo pour boire un cocktail de rêve sur la terrasse extérieure d’une des plus chic avenue de Rome. On se rappellera toujours des produits raffinés offerts dans la salle de bain, des draps en percale fine d’un blanc immaculé toujours impeccables chaque soir. De la classe de la gouvernante d’étage qui apparemment ne savait pas qu’on était déjà arrivé dans la chambre et qui entra vraiment au mauvais moment. De la classe du personnel, toujours discret et professionnel. Du petit déj copieux offrant les meilleurs ingrédients de la capitale. Non c’est sûr, la grande hôtellerie, telle qu’elle devrait être, ne disparaîtra pas.

Tout comme la révolution consommateurs & internet a pourri les restaurants qui se fichaient de nous, elle pourrira également les hôtels craspettes surpayés. Evidemment, il y a des hôtels middle-class tout à fait corrects, malheureusement ils ne pourront concurrencer les tarifs. Les temps changent.

Ultra satisfaits de notre expérience, nous regardons avec avidité les Airbnb disponibles dans les villes de nos prochaines destinations, et là… un nouvel aspect de nos voyages apparaît, et il nous convient à 100%. Nous apprécions d’ailleurs de découvrir l’hospitalité et la gentillesse des hôtes, souvent bien supérieures à ceux des personnels d’hôtel. Plus humains, plus sympas.

 

La conclusion :

à part pour le plaisir de se faire un palace en amoureux, les hôtels c’est fini.

Un message aux hoteliers, restaurateurs, taxis ?  Le monde change, les consommateurs aussi, et vous aussi devrez changer.

Airbnb-10-Million-Guest-Nights-Booked

 

L’avenir de Airbnb

«En zone urbaine, l’impact a été très net cet été. Nous avons perdu une clientèle de courts séjours en famille qui pèse près de 10 % de l’activité. Les visiteurs sont bien là mais nos établissements sont plus vides qu’auparavant.»

« Prenez les normes incendie par exemple. Il y a eu un accident grave dans un ­hôtel au cours des 20 dernières ­années et tous les contrôles se sont radicalisés alors que pour louer un meublé, il n’y a aucun contrôle, aucune obligation. »

Laurent Duc, responsable de la branche hôtellerie du syndicat Umih

 

airbnb vs hotelsMhhh, ça ne vous rappelle pas un peu le discours des taxis? Un problème globlal de consommation est en marche et cela oppose les consommateurs (très heureux de ces nouveaux services), et les vieux services établis., qui crient à la loi. Mais la loi va bien devoir changer. Car la preuve est que les clients se fichent des diplômes des taxis, et des « normes » incendies de leur Airbnb d’un soir. Scandaleux? Mais c’est une réalité d’importance dans le monde de la consommation.

On a plutôt envie que ça continue, mais comme toute nouvelle entreprise innovante à grand succès, des bâtons dans les roues arrivent déjà. Les hôteliers crient à la concurrence déloyale, le FISC fourre son nez partout, mais surtout la ville de Paris estime que cela nuit au logement. Actuellement des contrôleurs font une razzia dans le Marais, qui cumule un nombre fou de Airbnb. « Paris fait la chasse aux domiciles touristiques dissimulés ».

A venir donc : hausse des prix, lois…

 

Le «contrôle vise uniquement les propriétaires». Leur mission consiste à constater que l’appartement est effectivement loué pour de courtes durées, de manière récurrente à des touristes.

Tous ces logements sont ainsi soustraits au parc d’habitat ordinaire, ce qui est illégal et donc interdit dans une ville où sa population peine déjà à se loger.

Selon des estimations des services municipaux, entre 25 000 et 30 000 logements jadis loués à des personnes travaillant et vivant à Paris sont devenus des meublés touristiques à plein temps. Un deux-pièces bien situé, peut se louer jusqu’à 1 000 euros par semaine. Les contrôleurs de la ville sont «assermentés, habilités par le tribunal de grande instance, et titulaires d’un ordre de mission», qui les autorise à entrer dans les immeubles et dans les logements. Quand un constat de location meublée touristique illégale est établi, la ville de Paris «entre en contact avec le propriétaire pour qu’il régularise en remettant le logement sur le marché locatif ordinaire», indique un des agents. S’il ne le fait pas, les tribunaux sont saisis. En 2014, 20 propriétaires détenteurs de 56 meublés illégaux ont été condamnés à 567 000 euros d’amende.

Avant qu’ils ne lancent leur opération coup-de-poing, l’élu a rappelé que les Parisiens «qui louent leur propre appartement pendant leur absence [vacances…]» ne sont en rien concernés. «On est en période de crise. Si les gens peuvent mettre un peu de beurre dans les épinards en louant leur appartement quand ils partent en vacances, tant mieux, ajoutait-il. Seuls les multipropriétaires qui achètent des appartements pour les transformer en cash machine» sont visés par la ville.

 

Source Libération, article de Tonino Serafini

Gilles Dulucq, un lambda, a été emmené par la police comme un malfrat pour avoir mis sur Airbnb une chambre de sa propriété… WTH? Faire peur, agir en surface, camoufler le vrai soucis.

Pourquoi s’acharner à sauver des principes voués à disparaître?

En fait, désolée de le dire, mais personne ne s’acharnera à les sauver. Il sera juste donnée l’impression une décennie ou deux, pour faire passer la pilule aux énervés. Car tout en-haut, et tout en-bas, on sait voir la fin d’un vieux monde.

Airbnb, comme Uber, ne va pas se laisser faire. On le devine, comme le montre ce message d’un des fondateurs, Brian Chesky, envoyée à sa fiancée.

 brian chesky photo insulte hotel

Aux États-Unis comme chez nous, la location d’appartements à des étrangers pour de courtes périodes est généralement considérée comme de l’hôtellerie illégale. Or depuis la création d’Airbnb, aucune amende n’avait été imposée aux utilisateurs du site ce qui laissait croire qu’on avait affaire à une forme de tolérance passive.Au Québec, c’est illégal. L’an dernier, le journal Les Affaires révélait que la loi était claire sur ce plan. «Il n’y a pas de tolérance», disait la directrice de l’accueil et de l’hébergement au ministère du Tourisme. «On fait des recherches sur les sites Internet, et on avertit les gens que ce qu’ils font est illégal et qu’ils s’exposent à des sanctions s’ils continuent.» Or le même article révélait qu’aucun constat d’infraction n’avait été remis depuis trois ans.

Article du journal québécois Le Devoir : Airbnb est-il illégal?

 

Conclusion niveau légalité en France :

En tant qu’utilisateur vous ne risquez rien, à part vous faire questionner (parfois en pleine nuit à Paris) par des contrôleurs. On s’en prendra aux propriétaires.

En tant que propriétaire : comment louer en tout légalité?

En réalité, la condamnation ne porte pas sur l’utilisation d’Airbnb, mais sur le non-respect de la loi française qui concerne la sous-location d’habitation.

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut sous-louer son logement via ce site, ou d’une toute autre manière, sans se faire taper sur les doigts. La mauvaise, c’est qu’il existe un certain nombre de restrictions souvent méconnues et que la loi est plutôt complexe.

Petit guide complet pour s’en sortir sur L’OBS Rue 89

 

La question est: Airbnb peut-elle encore aller plus loin?

Oui, selon un analyste financier, qui assure dans le WSJ que nous ne sommes qu’aux débuts de l’ère touristique où les voyageurs envisagent le site pour leur prochain séjour.

A l’étranger, ça réagit pas mal aussi. L’entreprise est mise en difficulté sur deux fronts. D’abord sur le front juridique, puisque des municipalités comme New York, Paris, Berlin, toutes d’énormes marchés du site, ont déjà restreint les marges de manœuvre d’Airbnb sous le prétexte d’une concurrence déloyale au secteur hôtelier. Ensuite, le marché évolue rapidement et des sites pour l’instant cantonnés à un rôle de réservation comptent bien s’installer sur le marché de la location elle-même.

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Ne pas oublier que le moteur d’un business réside dans l’expérience consommateur.